Jean-Luc Le Ténia - L'Âme Du Mans

Jean-Luc Le Ténia était sans doute un type paumé. Le genre d'individu sympathique mais caustique et désabusé au point que rester son ami devait être une épreuve quotidienne.

On parle là d'un type qui avait eu son quart d'heure warholien en 2002 lorsqu'il avait enregistré Le Meilleur Chanteur Français Du Monde, un disque de 41 titres dont le titre était un clin d’œil à son pote Didier Wampas, ce dernier ayant pris l'habitude de définir ainsi Jean-Luc en même temps qu'il considérait avec beaucoup de justesse que les compositions du Manceau étaient à classer dans un registre anti-folk.


C'est aussi Didier Wampas qui, en reprenant le morceau Jean-Luc Le Ténia du Manceau à une époque où il œuvrait sous l'étiquette de 21h21, avait donné un petit peu de visibilité à son ami en même temps qu'il était à l'origine de ce changement de pseudo.

L'amitié de Wampas et Jean-Luc était avant tout musicale. Celui qui bossait à la médiathèque du Mans avait alors donné une cassette de ses compos au contrôleur de la RATP à la sortie d'un concert de ce dernier. En écoutant la démo dans le bus du groupe, il était tombé sous le charme.

C'est pourtant davantage à Daniel Johnston, père du lo-fi, que l'on pense, et Jean-Luc Le Ténia revendiquait cette influence au point de citer régulièrement son aîné dans ses compos.

Le Meilleur Chanteur Français Du Monde se vendra très mal, malgré un bouche à oreille lui ayant valu jusqu'à quelques diffusions chez Bernard Lenoir. Une centaine d'exemplaires à peine, et pas de renouvellement de contrat pour un second disque. 

Le Manceau - qui gravitait aussi près de la scène rennaise - partagera une dizaine de disques (d'au moins 25 morceaux chacun) via internet entre 2002 et 2010. Avec près de 2.000 compos à son actif, il y a forcément à boire et à manger dans l'oeuvre du bougre, mais on recèle quelques pépites comme L'Otarie ou L'Âme Du Mans.

Par pépite, ne vous attendez pas à un déluge de cordes émouvantes et brillantes à la Bashung. Non, c'est très épuré. Ce type qui regrettait que les femmes couchent sur ses chansons mais pas avec lui - l'absence de relation dense influencera fortement ses textes et le ton de ses compos - n'était pas un maestro guitare en main. Il le revendiquait. Mais avec très peu de compétences techniques, il parvenait à faire beaucoup. Quand on a des idées... Et même pas une voix extraordinaire.

Pourtant, sur un titre comme L'Âme Du Mans, le bougre est à son sommet. Le personnage de "Ténia" qu'il s'est créé lui vaut alors une popularité locale qu'il voit d'un bon oeil (toujours pour séduire les femmes) mais dont il se fiche finalement pas mal. On a à faire à ce genre de types qui refuse le succès (et ne l'obtient d'ailleurs pas) en revendiquant néanmoins un rôle en marge de la société. Un Elliott Smith qui aurait réussi à ne pas réussir en somme (et soyons francs, moins talentueux, mais comment lui en vouloir)... Il atteint des sommets donc, en termes de mégalomanie décomplexé mi-ironique, mi-sérieuse, toujours pince sans rire, multipliant les références aux autres morceaux de son album (notamment la Slovénie), avec un jeu de guitare simple mais efficace, et une voix dont on ne peut douter de la sincérité. 

Au Mans, Jean-Luc Le Ténia était un mythe dont la dépression et les allers-retours sur le plan de la personnalité ont fini par user ses amis, puis lui-même. Il s'est ainsi donné la mort en 2011. Restent ses compositions, parmi lesquelles il faut faire le tri. Mais l'album L'Âme Du Mans (sorti en 2002, sur lequel on retrouve 31 titres, dont l'éponyme est l'avant dernier) est de très bonne consistance.




Commentaires

  1. Je ne connaissais pas ce personnage, merci donc de m'avoir fait découvrir le si prolifique "meilleur chanteur français du monde". Sinon, je crois pas que l'ami Didier, maintenant officiellement retraité de la RATP, exerçait ses talents en tant que contrôleur mais plutôt en qualité d'électricien, ce qui est dommage car j'aurai bien aimé me faire contrôler par l'auteur de "Rimini".

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    1. Merci d'avoir relevé cette coquille.
      S'agissant de Jean-Luc Le Ténia, prolifique est le mot. Bien barré, aussi, avec un côté prophétique (le type a fait un morceau avec clip associé sur son enterrement deux mois avant de se donner la mort), mais a surtout fait un titre intitulé Bertrand Cantat quelques mois AVANT le drame de Vilnius, lequel morceau se terminait par des images de la tombe d'une dénommée Marie Trintignant...

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  2. Je ne connais que ses reprises de Neil Young, il va falloir que je pousse plus loin...

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