Ulrika Spacek - Mimi Pretend (2017)

Un an après un The Album Paranoia aux accents krautrock, entre Can et Sonic Youth, ce versant est de moins en moins apparent sur Modern English Decoration. Si ce nouveau disque lorgne toujours vers un univers lo-fi, il est toutefois plus produit que son prédécesseur. Il est également plus apaisé voire minimaliste. 

Sur ce disque, Ulrika Spacek calme le jeu si bien qu’il en vient même à justifier finalement la comparaison avec Radiohead, base sur laquelle il avait été relayé l’an passé. Il y a en effet du Exit Music dans le chant de Modern English Decoration tandis que les guitares de Saw A Habit Forming rappellent la tonalité de Ok Computer.

Comparer la teinte de Modern English Decoration à celles d’autres artistes constituerait une injustice. Là où nous pouvions penser que The Album Paranoia, porté par quelques singles intemporels tels que I Don’t Know ou She’s A Cult serait une réussite isolée, Ulrika Spacek parvient à retrouver cet équilibre qui chancèle en permanence mais finit toujours par retrouver son point d’appui. En ce sens, plus que les comparaisons diverses, il convient d’évoquer le « son » d’Ulrika Spacek.

Un son qui repose sur des couches de guitares électriques multiples dont les entrelacs revêtent un caractère aussi psychédélique qu’hypnotique, des percussions tranchantes et une voix en retrait, qui tournoie et suffoque parfois. Dead Museum est en ce sens un cas d’école de ce qu’est le « son » du quintet. Le mariage de guitares électriques traînantes et nonchalantes avec une batterie percutante mais étouffée a tôt fait d’évoquer Oasis tandis que les vocalises, traînantes elles aussi, de Rhys Edwards rappellent plutôt la lo-fi spleenesque de Water Music.

Plus clair que son prédécesseur, Modern English Decoration n’oublie pas les digressions électriques qui faisaient d’Ulrika Spacek de véritables héritiers de Sonic Youth (Ful Of Men et le Protestant Work Slump final), mais c’est également au Black Rebel Motorcycle Club et surtout aux Black Angels que l’on pense lorsque les méandres vocaux soutiennent des rythmiques tranchées et des superpositions de guitares aux rotors mélodiques. Parmi les titres percutants, nous noterons le diptyque Ziggy/Everything, All The Time sur lesquels le son est plus lo-fi que jamais.

Mais le sommet se trouve probablement en ouverture avec un Mimi Pretend psychédélique et chamanique, qui prend son temps pour démarrer, s'appuyant d'abord sur quelques boucles électriques avant de s'étoffer petit à petit et d'intégrer, lorsque l'auditeur commence à être définitivement hypnotisé, quelques fulgurances vocales discrètes et tourmentées qui achèvent de happer ce dernier.

Le combo que l’on ne voyait pas confirmer les promesses d’un premier album aux allures de miracle permanent propose finalement, seulement un an après, une nouvelle collection au moins aussi équilibrée et inspirée que la première. Si la deuxième partie du disque marque un virage plus clair, elle est néanmoins toujours entraînante et s’appuie sur des entrelacs de guitares électriques mélodieuses aux accents chamaniques, soient les bases qui font d’Ulrika Spacek un groupe déjà indispensable du paysage psychédélique britannique.





Lire ma chronique du disque sur IRM

Commentaires

  1. J'ai cru comprendre que les morceaux de Modern English Decoration avaient été écrits à la même époque que ceux de the album paranoia, ça tendrait à expliquer la cohérence entre les deux galettes. Ulrika Spacek était pour moi LA découverte de 2016, merci la Route du Rock !

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    1. Oui, les titres de ces deux disques sont issus des mêmes sessions d'enregistrement. Incroyable de voir comment ils ont été productifs.

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  2. Ils sont très bons, ça se confirme ! Dans un genre plus pop à guitares 80s, l'album de Hoops confirme également tout le bien que je pensais de leurs EPs.
    C'est fou tous ces petits groupes qui percent avec talent. Faut qu'ils tiennent le temps de nous pondre un beau gros chef-d'œuvre ou deux ;)

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