Agnes Obel - It's Happening Again & Familiar (2016)

C'est vrai, je triche. C'est assumé. Depuis plusieurs années (déjà), chaque article de ce blog se centre avant toute chose sur un morceau plutôt que sur un disque (sauf exception). Avec le dernier disque d'Agnes Obel, il m' a néanmoins été impossible de trancher. C'est donc double ration.

Découverte un peu par hasard dans la voiture du paternel (qui lui-même était tombé sur ce disque par hasard) en 2010 avec l'énorme Philarmonics, Agnes Obel s'est imposée à mes yeux en 2013, avec Aventine, comme une artiste majeure. De ceux que l'on couche en premier sur une liste d'indispensables.

A vrai dire, si je trouve les années 2010 géniales musicalement, je me rends compte que bon nombre de mes disques de chevet sont le produit d'artistes ayant déjà marqué les décennies précédentes (cette année 2016 ne devrait pas faire exception, mais si je regarde mes "albums de l'année" des crus précédents, de Damon Albarn à Eels en passant par Sufjan Stevens, on se plonge dans les 90's voire, au plus proche dans les 2000).

Et donc, quels artistes ayant émergé dans la décennie actuelle figurent déjà à une si belle place dans mon panthéon personnel ? Je pourrais citer le très confidentiel Beajn ou le combo Car Seat Headrest sans oublier Owen Pallett et The Last Morning Soundtrack voire, en trichant un peu, Mac DeMarco. En continuant de tricher sur les dates, Robin Foster et la moitié du catalogue de Chez.Kito.Kat pourraient également se poser là.

Mais Agnes Obel tient une place de choix dans cette catégorie. Armée essentiellement de son piano et de sa voix sur son premier disque, elle a ensuite intégré quelques cordes sur la deuxième cuvée, poursuivant cette ligne directrice sur Citizen of Glass. Je ne vais pas refaire la chronique du disque, je l'ai déjà publiée sur IndieRockMag par ici.



Non, je vais me centrer sur deux morceaux. Le premier, It's Happening Again, placé en quatrième position, me tire les larmes à chaque fois que je l'écoute dans de bonnes conditions (en format cd, quoi). La magie opère légèrement moins à l'écoute des versions Youtube. J'ai d'ailleurs fait l'erreur de le faire écouter à Madame dans ces dernières conditions, et elle n'a pas été pleinement convaincue. Typiquement le genre de morceaux dont la progression est fascinante. D'abord quelques accords de piano répétés en boucle, puis l'apparition de la voix sans pareil de la Danoise, l'arrivée de cordes qui ponctuent l'ensemble, et enfin une bonne grosse montée en puissance tout bonnement jouissive de ces mêmes cordes. Comment ne pas résister à pareille beauté ? A pareille grâce ? Choisissez l'adjectif adapté, celui qui vous convient le mieux, mais c'est de cela qu'il est ici question.

Si ce titre n'a pas pleinement convaincu Madame, elle a largement préféré Familiar. Peut-être un poil plus immédiat (attention, aucune facilité, hein, on reste chez Agnes Obel et tout se mérite). Les cordes ne sont ici plus seulement frottées, mais aussi pincées. La partie vocale est plus accrocheuse, la rythmique également. Et surtout, ce duo avec Antony & The Johnsons - non ce n'est pas vrai, c'est en fait la Berlinoise d'adoption qui se joue de nos perceptions en s'offrant un duo avec elle-même, modifiant l'une des deux pistes vocales au point qu'elle ressemble de manière épatante à celle d'Antony - tutoie également la grâce. Comment choisir entre deux titres d'une telle beauté ? Agnes Obel est une laborantine pleine d'inspiration. La Björk des années 2010, en somme, les deux artistes partageant, en plus d'une voix hors du commun et l'origine scandinave (selon la définition élargie) un goût pour l'expérimentation glaciale.

Commentaires

  1. Tiens donc... Tu viens de convaincre quelqu'un. J'ai déjà reçu un énorme travail de prêche fait par un oncle aux goûts irréprochables totalement acquis à la cause Obel (il va même aller la voir en concert bientôt). Du coup j'avais jeté une oreille distraite, mais malgré toutes les qualités et le respect que je vouais à sa musique, émotionnellement ça ne déclenchait rien chez moi, je trouvais ça un peu stérile.
    Tout en ayant conscience qu'il faudrait que j'y revienne avec de vraies bonnes conditions d'écoute.

    Tout ça pour dire qu'un ensemble de facteurs (en avoir reparlé aujourd'hui avec cet oncle, ton article qui donne envie, et le volume de mon casque réglé un peu plus fort que d'habitude), je suis conquis par ces deux morceaux.

    Merci donc pour la révélation (et la liste d'"indispensables des années 2010, sujet très intéressant que je te chiperais bien et que je me garde sous le coude"), tu as touché au but, je suis conquis.

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    1. Merci pour ton retour. Voilà qui fait plaisir, c'est pour ça qu'on alimente nos blogs respectifs, pour donner envie.
      Quand on contribue à y arriver, ça fait toujours plaisir.
      Et puis si tu aimes ces deux morceaux (je suis pas étonné que tu aimes Familiar, il me semble que tu apprécies Antony & The Johnsons), n'hésite pas à t'aventurer sur ses deux premiers albums, pétris de perles (The Curse, Riverside, Just So, etc...).

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    2. J'aime bien Anthony & The Johnsons ;)
      J'irai écouter ça ! Merci encore

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