Jay-Jay Johanson - I Love Him So (2015)

A 45 ans, Jay-Jay Johanson n’est plus un novice depuis bien longtemps. Le Suédois s’était présenté à la face du monde en 1996 avec un Whiskey qui mêlait déjà habilement l’ensemble des influences que, depuis, l’artiste n’a jamais cessé d’approfondir : trip-hop, folk, jazz, synthpop ou electro.



Sans surprise, c'est une nouvelle fois ce cocktail qui, sur Opium, est façonné par Jay-Jay Johanson. Un cocktail que l’on imagine dès le début explosif tant les premières secondes de Drowsy/Too Young To Say Good Night laissent présager un caractère poignant sans nul pareil. Pourtant, l'explosion n'intervient qu'avec parcimonie. Par manque de talent ? Que nenni. Seulement parce que l'artiste le veut bien.

Sur Opium, la tension réside avant tout dans ce qui ne se dit pas. Et ce n'est pourtant pas faute de mettre en avant des choses particulièrement intéressantes sur le plan mélodique. La psyché de ce disque est donc riche, à la fois sur le plan conscient que dans la sphère chère à Freud.

On trouve logiquement de grands morceaux sur ce disque, de l’ambiance jazzy de NDE au trip-hop d’Alone Too Long, en passant par la grâce dépouillée d'un des sommets Be Yourself ou celle d’un I Can Count On You qui rappelle Poison sans être dépourvu d’une accointance avec un Perry Blake dont l’univers n’a de toute façon jamais été très éloigné.

Je disais "l'un des sommets" pour évoquer Be Yourself. L'autre étant cet I Love Him So que j'ai choisi de mettre en avant ici. Impossible de dissocier ces deux titres, et j'étais même prêt à leur faire honneur à tous les deux (je crois que ça aurait été la première fois depuis que ce blog se centre sur des morceaux). Mais Youtube m'a facilité le choix, ne rendant disponible qu'un seul des titres.


Tout ce qui me fait fondre est dans cette ballade ouvertement trip-hop : une rythmique downtempo (auxquelles je ne résiste jamais bien longtemps lorsqu'elles sont inspirées), des accords de piano répétitifs mais néanmoins pleins de nuances, et surtout une voix plus maîtrisée que jamais, et donc dénuée du caractère androgyne qui pouvait agacer lorsque l'artiste s'était fait connaître en 1996, alors qu'il avait déjà atteint l'âge des légendes qui passent l'arme à gauche trois ans avant d'atteindre la trentaine.

Malgré un Cockroach moins indispensable réalisé en 2013, Jay-Jay Johanson traverse assurément une période faste. Depuis l’échec artistique de Rush il y a dix ans - le Suédois reconnaît d’ailleurs le caractère easy-listening de ce disque - le triptyque The Long Term Physical Effects Are Not Yet Known / Self-Portrait / Spellbound n’était pas loin d’égaler l’ambition de Whiskey, Tattoo ou surtout Poison.
 
Opium est donc une nouvelle réussite à mettre à l’actif du Scandinave dont les années ne semblent avoir, sur sa musique comme sur son visage, aucun impact.

Commentaires

  1. Hop, je note dans mon noeud à mouchoir. Me voilà bien accroché avec ta chronique. Toujours ce spleen, crooner anti-Sinatra et un trip-hop de facture à peine esquissée. Je me refais un "I'm Older Now" un de mes chouchou, même si le thème revient à Nyman (Marrant chez Chris j'ai aussi réussi à caser du Nyman en commentaire) Bon, le Devant est aux aguets pour attraper l'oiseau Jay-Jay. Toujours aussi claustro ses pochettes

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  2. Je n'avais pas capté que Jay-Jay Johanson avait sorti un nouveau disc. La pochette est très belle, comme ce titre mis en écoute. Et oui, comment résister à ce trip hop mélancolique, cette rythmique downtempo ultra chiadée, ces sonorités, ce piano...et cette voix !!
    Il faut que j'explore "Opium" qui semble terriblement enivrant !!
    A +

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  3. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  4. Je crois que tu vas me donner l'occasion de découvrir la discographie de Jay-Jay Johanson puisque je dois reconnaître que je n'en ai jamais écouté, même à ses débuts, alors qu'on en parlait beaucoup et que j'écoutais pas mal de trip-hop aussi... ça ne sera pas le moindre mérite de ton billet ...:)

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  5. Et bien, je ne saurais que te conseiller de foncer vers Poison alors ;)

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