Shizuka - Isolated (2015)


Puisque plus personne ne lit ou ne commente les blogs en 2015, autant parler de disques que personne n'écoute(ra) !


Ce genre de disques, personne (ou presque) ne l'écoute car il n'est pas franchement accessible. Deux raisons à cela : son contenu (on y reviendra), et son tirage limité (heureusement qu'il y a un Bandcamp disponible, comme pour tous les artistes signés sur Chez.Kito.Kat, aka le label Français le plus passionnant de ces cinq dernières années).

Après un premier disque intitulé Equilibre, il avait fallu huit ans à Shizuka pour publier un nouvel opus. A l’instar de ses compositions musicales, l’artiste a choisi le contre-pied en devenant, depuis lors, un artiste particulièrement prolifique.
En effet, depuis 2013 et la sortie de We Are Empty, le Français a pris la bonne habitude d’ajouter chaque année un volet à sa discographie. Isolated succède ainsi à un Between dont j'avais déjà dit le plus grand bien l’an passé.

Comment se réinventer lorsque l’on publie de nouveaux disques dans un intervalle aussi rapproché, telle était l’équation que devait résoudre Anthony DoKhac. Une gageure pas nécessairement aisée pour un artiste dont l’univers investit tout l’espace résidant entre IDM, drone et acid house. Aussi, un auditeur distrait - mais y en a-t-il vraiment pour écouter ce type de disques ? - pourrait achever sa première écoute en indiquant quIsolated n’apporte pas de réelle plus-value à la discographie de Shizuka. Il s’agirait alors de le contredire urgemment.

En effet, l’univers de l’artiste étant initialement torturé et radical, il est difficile de détecter une mue franche dans son propos. La volonté de se renouveler pour se renouveler n’est-elle pas, de toute façon, la cause de bien des échecs artistiques ?

Non, Anthony DoKhac refuse de choisir entre les deux alternatives que sont la rupture ou le maintien d’un même cap. Isolated assume ouvertement certaines influences, ce qui n’empêche pas l’artiste de creuser son propre sillon. Ainsi, le disque semble être organisé de telle manière que des hommages plus ou moins discrets sont intégrés sur les titres pairs (Hakuryoku évoque le Archive de Londinium, Lost (Inmt) n’est pas sans rappeler les expérimentations d’Autechre tandis que ce sont celles d’Aphex Twin qui se rappellent à notre bon souvenir sur Disorder pt1 et Full Throttle) auxquels répondent en contrepoint les morceaux impairs, aux univers plus singuliers mais toujours dans la continuité de leur prédécesseur.

On ne ressort pas indemne de l’écoute d’un disque tel quIsolated. S’il est évident qu’on ne le diffusera pas à l’heure de l’apéritif en présence de convives lambdas, il serait étonnant que cet album rejoigne la pile de ceux que l’on oublie sitôt écoutés. Isolated constitue une expérience, une vraie. La méticulosité du travail permet une profondeur sonore rare.

Paradoxe ultime, bien qu’il propose un univers ténébreux, Shizuka vole à plusieurs centaines de mètres au-dessus de la mêlée. Attention toutefois, à tant se rapprocher du soleil, on finit parfois par se brûler les ailes. Faisons confiance à l’artiste pour résoudre une nouvelle fois l’équation qui lui permettra de ne pas tourner en rond sur son prochain opus.

Écouter l'album.

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