Sufjan Stevens - Death With Dignity (2015)

Sufjan Stevens est de retour. Comme tous les 5 ans, le natif du Michigan nous pond un chef-d'oeuvre.

C'était déjà le cas en 2000 avec A Sun Came, son premier disque. Puis, l'Américain a publié son chef-d’œuvre Illinois en 2005, avant de prendre tout le monde à contre-pied en 2010 avec un album déstabilisant aux sonorités électro, le très réussi The Age of Adz.

Pas mal, mais Sufjan ne se contente pas d'être génial tous les 5 ans, et l'on recense d'autres opus majeurs dans sa discographie, à commencer par Michigan (2003), Seven Swans (2004), The Avalanche (2006), All Delighted People (2010) et ses traditionnelles Songs for Christmas (auxquels j'accroche un peu moins, cela dit, ça doit être l'esprit de Noël qui ne m'émeut pas particulièrement).

Mais quand même, depuis 2010, l'artiste au banjo se faisait plus discret. Il avait même déçu dans le cadre du projet Sisyphus aux côtés de Son Lux et Serengeti l'an passé, au sein d'un super-groupe pourtant prometteur. Et mis à part ça, il avait été bien discret ces 5 dernières années, avec des projets plus mineurs (j'ai été peu touché par The Bqe, album orchestral rendant hommage à une route, mouais).

Donc là, le "vrai" retour de Sufjan Stevens, forcément, pour un fan comme moi, ça suscitait une attente particulière. Je ne vais pas rentrer dans les détails, j'ai déjà chroniqué l'album par ici.

L'idée, c'est plutôt de se centrer sur un titre de l'opus (c'est devenu le concept du blog, même si j'y fais quelques entorses). Mais me voilà bien embêté à l'idée de ne sélectionner qu'un titre au sein d'un album si riche et si homogène. Petite parenthèse, cette homogénéité, considérée comme de la redondance, est bien la seule chose que reprochent à cet opus ses détracteurs qui, pour la plupart, n'en nient pas la beauté intrinsèque. C'est dire si l'on parle d'un disque abouti...

Retenir un seul morceau de Carrie & Lowell, donc, voilà une entreprise périlleuse. Car plus que jamais, ce qui fait la réussite de ce disque, c'est sa trame narrative, et l'ambiance d'ensemble. Cette galette s'écoute d'une traite ou ne s'écoute pas (on choisira la première solution).

N'en extraire qu'un titre, ce n'est rendre honneur ni au titre, ni à l'album (c'est comme si on vous montrait uniquement le visage de Mona Lisa pour vous présenter La Joconde), et surtout pas à l'artiste.

Car Carrie & Lowell est foncièrement triste. C'est un disque de deuil. Mais pas de désespoir ici. Ou alors celui-ci n'est que suggéré. Le deuil, c'est celui de sa mère, Carrie, décédée en 2012, schizophrène et sorte de hobo au féminin, que Sufjan a finalement peu côtoyé, si ce n'est à la fin de sa vie. Après The Age of Adz, c'est la deuxième fois que l'Américain rend hommage à une personne décédée atteinte de schizophrénie (c'était alors l'artiste Royal Robertson qui étai à l'honneur, personnage lui aussi haut en couleur, puisque prophète autoproclamé).

Tout ça pour dire que sur cet opus, également dédié à son beau-père Lowell Brams, qui est avec lui le co-responsable du label Asthmatic Kitty, Sufjan Stevens parvient à faire cohabiter douleur profonde et optimisme. L'absence d'orchestrations démesurées et d'électronique rend l'ensemble plus dépouillé, mais aussi plus intimiste et (peut-être) plus sincère.

Alors, s'il ne fallait en retenir qu'un, ça aurait pu (dû ?) être Fourth of July, All of Me Wants All of You, No Shade In The Shadow of The Cross ou encore Carrie & Lowell. Mais ce sera le morceau introductif, Death With Dignity, dont le titre est finalement parfaitement évocateur de l'ambiance de l'opus.

Un titre qui rappelle, dans la démarche, (en plus dépouillé, forcément) le Concerning The Ufo Sighting Near Highland, qui ouvrait Illinois. L'un est orchestral et basé sur le piano, quand la base de l'autre repose sur un banjo, rejoint à la fin par le piano. Rien à voir, donc, entre les deux morceaux, me direz-vous ? Mais si, ils plantent chacun à leur façon le décor de ce que sera l'opus à venir, et ce, en se basant sur une répétition d'un même thème agrémenté par la voix de l'artiste et sublimé par l'apparition d'une variation aux deux tiers du titre.

Depuis 2012, mon disque de l'année sort chaque fois entre février et mai. La série devrait se poursuivre en 2015...

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